Une longue histoire

D’après l'écrivain L. FRANCK :

"Dès le XIIIe siècle., Montpellier se met à chercher désespérément de l'eau, aux alentours de ses frontières. C'est à partir de ce temps une quête sempiternelle, fertile en anecdotes, en coups de maître aux satisfactions temporaires, en polémiques ... "

"En 1267 naît un projet ingénieux d'amener les eaux de la Lironde -affluent du Lez comme on sait- ou si l'on préfère de la source de Saint-Clément.  Il séduit Jacques Ier d'Aragon qui, par lettre adressée le 7 juin de Huesca, en Espagne, autorise les consuls à lever un impôt en vue de le financer".

"Pour le satisfaire on prévoit que tout habitant devra être imposé chaque dimanche d'un denier par cent livres de capital et d'un autre denier par deux cents livres de biens fonds qu'il possède ! Cinq ans plus tard, les pourparlers n'ayant pas abouti, le même roi confirme les dispositions déjà prises en ajoutant la charge d'indemniser les personnes dont il faudrait traverser les terrains. Force est de croire que tous les problèmes soulevés par le beau projet ne sont pas résolus pour autant puisque les décennies vont se succéder sans que rien ne se fasse".

"En 1317, le roi de France Philippe V, souverain du Montpelliéret, enjoint au sénéchal de Beaucaire et au recteur de Montpellier, son représentant, de faciliter aux consuls les opérations d'achat des terrains nécessaires aux travaux d'amenée des eaux de la Lironde, encore. A la même époque et dans le même but, le roi Sanche de Majorque, seigneur de Montpellier, "autorise les consuls à percevoir pendant trois ans, un denier sur chaque gros animal passant sur le territoire de la seigneurie, une obole sur chaque âne et trois deniers sur chaque charrette chargée de marchandises". En 1318 l'évêque André de Frédol donne la permission de construire un aqueduc sur ses terres à la condition expresse qu'on lui installe une fontaine à la Salle l'Evêque.

Exigences trop fortes ? Hostilité trop grande de certains propriétaires ? Ou pauvreté par trop insurmontable ? Toujours est-il qu'aucune réalisation ne s'ensuit...

"Le déjà vieux mais toujours séduisant projet est néanmoins repris en 1399. Un artisan d'excellente réputation nommé Pierre Gérard, est chargé d'effectuer les indispensables travaux de nivellement qui n'avaient jamais été entrepris jusque là. Hélas il ne peut les mener à bien. De nouveau, en 1410, un certain Estève Salvador, bourgeois de Narbonne, est désigné par les consuls pour exécuter cette tâche et dire si le captage des eaux de la Lironde est possible. Son étude terminée, il reçoit neuf livres tournois en paiement. L'affaire ne s'en trouve guère avancée ! Le 18 juin 1456 Charles VII à son tour autorise les consuls à lever pendant dix ans un impôt "sur ce qui, par l'avis et conseil de maître Etienne Petit, trésorier général du Languedoc, d'Otto Catelan, argentier du roi et de Pierre Castelan, général des gabelles du Languedoc, sera trouvé le moins dommageable au peuple et du consentement de la majeure partie d'icelui, pour une partie en être employée à conduire dans la ville l'eau de la fontaine Saint Clément". Peine perdue, frais inutiles : l'aqueduc de Saint-Clément ne sera finalement réalisé qu'au XVIIIE siècle ! "

"En 1751 Henri Pitot est chargé par Monsieur le maréchal de Richelieu, par Monsieur Le Nain, par Monsieur de Massillan, maire, et Messieurs les consuls, de "travailler au projet désiré depuis longtemps de conduire la fontaine de Saint-Clément dans la ville de Montpellier pour y établir plusieurs fontaines publiques dont elle a un extrême besoin".


Henri Pitot s’inspire des romains


"Reçu à l'académie des sciences à 29 ans, il a "travaillé sur une machine de son invention pour mesurer la vitesse des courants d'eau et le sillage des vaisseaux", instrument devant passer à la postérité sous le nom de "tube de Pitot". Professeur du maréchal de Saxe, nommé Inspecteur Général du Canal des Deux Mers et, en 1740 Directeur des Travaux Publics du Languedoc, c'est lui qui a construit le "nouveau Pont du Gard, de la grandeur du Pont Royal de Paris, ouvrage qui passe pour un chef d'œuvre" et qui, habilement accolé aux vieilles arches romaines permet de traverser le Gardon en voiture. L'aqueduc de Saint-Clément va mettre le sceau à sa réputation."

"Les travaux débutent en 1753 et durent plus d'une décennie."

"L'aqueduc est long de 13.954 mètres dont 8.771 en sous-sol et 931 sur arcades. Bien évidemment Pitot s'est inspiré du Pont du Gard ; nullement par souci d'esthétique mais plutôt par recherche de solidité. Le fait de mettre des petites arches sur de plus grandes étant un moyen d'éviter les pertes d'eau occasionnées par le mouvement des maçonneries dans les larges voûtes. Aussi bien les romains eux-mêmes se sont-ils préoccupés de robustesse avant que de beauté ! Le Pont du Gard ayant fait ses preuves il ne faut pas s'étonner que l'aqueduc montpelliérain ait comme lui trois petits arceaux pour un grand et que son épaisseur croisse, comme pour lui encore, de haut en bas dans le sens transversal. La ressemblance s'arrête là et demeure purement pratique."

Lorsqu'on le met en service, en 1766, l'aqueduc de SAINT-CLEMENT apporte 25 litres d'eau par seconde à MONTPELLIER... Comblant provisoirement un besoin croissant.

Par la suite, au début du 20ème siècle, l’aqueduc est prolongé jusqu’à la source du Lez car la source de Saint Clément ne fournissait plus assez d’eau pour alimenter la ville de Montpellier.

L’aqueduc sera utilisé jusque dans les années 70. En 1981 l’usine de captage souterrainne de la source du Lez est inaugurée.

Quoi qu'il en soit l'aqueduc de SAINT-CLEMENT fut et demeure l'une des plus belles réalisations du Languedoc en matière de travaux publics. C’est aussi un monument qui fait partie de l’histoire de Montpellier et qui a accompagné sa croissance.